Disparition de Michel JOUBERT

Publié le par Cercle Voiliers Dufour

Nous venons d'apprendre la disparition de Michel Joubert à l'âge de 73 ans. Le monde la voile perd l'un de ses architectes les plus doués. Michel a dessiné toutes sortes de voiliers : pour la course, la croisière, mais aussi des bateaux à moteur. Son éclectisme était la conséquence d'une créativité exceptionnelle. Le Cercle Voiliers Dufour s’associe à la peine de sa famille et de ses amis.

                                                                                               Le Cercle Voiliers Dufour

( associé à Bernard Nivelt, Michel Joubert avait dessiné le DUFOUR 304 )

                                                                

 

In memorium

Les débuts de Michel Joubert

Jean-Pierre Gaillard

 

Jeune officier de la marine marchande, par passion, Michel Joubert s'orienta très vite vers la voile et l’architecture navale. Ses premiers prototypes, Subversion puis Répression, au début des années 1970, furent construits à La Rochelle "dans un garage", par son frère Philippe et quelques copains, avec très peu de moyens personnels, mais beaucoup d'amitiés sincères et d'entraide du milieu rochelais de la plaisance. Michel avait alors un objectif : battre les Anglais sur leur terrain, c'est à dire en manche, dans les courses du RORC et la semaine de Cowes. Courses et régates qui faisaient alors autorité et consacraient les meilleurs architectes de la planète. Il lui fallut composer avec la jauge IOR et ses avatars. La jauge changeait chaque année, mettant ainsi en difficultés les voiliers jugés par les Anglos saxons "non conformes à l'esprit de la jauge et à l'équité sportive". Les noms de ses deux premiers prototypes témoignent de son avis sur la jauge IOR.  Avec très peu de moyens, comment Michel pouvait-il gagner des courses face à l'armada des voiliers de course Anglais, Américains, Allemands, Italiens, Scandinaves, Hollandais, Belges et quelques Français ; dessinés par les meilleurs architectes du moment ? La première réponse fut Subversion. Construit pour une seule saison, en raison de la minceur de sa coque. C'était un voilier ultra léger de 10 m, aux formes planantes. Son aménagement intérieur comprenait en tout et pour tout deux poubelles noires en plastique avec leur couvercle. La première pour y stoker les vivres, la seconde pour les cartes et les instruments de navigation. Pas de girouette/anémomètre, pas de sondeur, pas de loch/speedomètre. La vitesse était estimée au pif, et bien sûr, pas de GPS. La seule concession que m’accorda Michel, fut l’achat d’un récepteur gonio Brooks et Gatehouse pour le Fastnet. Point de toilettes, de réchaud et autres aménagements jugés superflus par Michel. La légèreté de l'engin était la clé du succès. La première fois que je remarquais Subversion, ce fut sur un bord de portant dans la Channel Race entre l'île de Wight et le bateau feux Royal Sovereign, marque de parcours. Nous fument « avalés » puis déposé par Subversion qui planait sur chaque vague. Ce n'était pas courant à l'époque, c'était même inédit, puisque la jauge IOR pénalisait très fortement les voiliers légers pour des raisons, disait-on, de sécurité. Subversion gagna le Channel Race. 

L’hiver suivant Michel dessina, puis construisit Répression, dans les mêmes conditions que Subversion, c'est-à-dire avec beaucoup de passion, avec des « chimistes » ; Répression était en polyester alors que Subversion était en bois moulé « renforcé » de résines à certains endroits de la coque. Répression était un développement de Subversion, mais conçu pour la One ton cup. Sa conception était tout aussi extrême. Formes planantes, légèreté, deux cockpits latéraux situés au niveau du mat pour le centrage des poids. Pour satisfaire au rating maximum admissible pour la One ton cup, Répression était peu toilé et donc paresseux par petit temps. Michel espérait une bonne brise au portant pour refaire le coup de la Channel Race. Malheureusement, la One ton cup se disputa par vent faible ou médium, comme le Fastnet de l’année précédente, insuffisant pour planer au portant. La sanction fut cruelle, Répression termina dans les profondeurs du classement. J’en avait discuté avec Michel, lui faisant remarquer que la jauge étant ce qu’elle était, la bonne formule était bien connue et était très éloignée de la conception de Subversion et Répression. Je ne comprenais pas pourquoi Michel persistait dans ce qui me paraissait être une erreur. Il m’objecta le raisonnement suivant.

« Tu vois, Stephens ou Ron Holland alignent chacun une dizaine de prototypes qui coûtent très chers et avec lesquels ils peuvent expérimenter en faisant varier quelques paramètres. Il y a de bonnes chances que l’un d’entre eux soit un peu supérieur aux autres et même à tous les autres. Si j’utilise la même formule, conséquence de la jauge, avec très peu de moyens et un seul bateau, je n’ai quasiment aucune chance. Pour gagner, il faut trouver une autre formule, complètement différente et qui se révèlera nettement supérieure à la conception actuelle » 

Le raisonnement était limpide. Michel avait raison. Il était persuadé qu’un bateau léger, avec des formes très planantes, était la bonne formule pour battre les Anglos saxons sur leur terrain.  La suite de l’histoire lui donna raison. En 1974, lorsque Bruce Farr débarqua à Deauville pour la Quarter ton cup avec 45° south, il écrasa la concurrence. Son bateau était léger, avec des formes planantes et….un gréement fractionné. Subversion et Répression étaient gréés en tête ! Quelques années plus tard Il conçut Diva et gagna le classement individuel de l’Admirald’s cup. Michel devint du jour au lendemain un architecte internationalement connu et reconnu. La suite est connue ; son association avec Bernard Nivelt en fit un des cabinets les plus réputés de la planète.

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