ISLAY dans les Anglo-normandes

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Croisière d’Islay dans les Anglo-normandes

ISLAY

juin 2012


 

 Mercredi 20 juin

Après un réveil matinal pour rejoindre notre mouillage en Rance, appareillage peu avant 7h. La descente de la Rance se fait tranquillement au moteur jusqu’au barrage. 7 h 45, surprise, nous nous présentons devant une porte fermée et les feux au rouge. Petit tour en rond, l’éclusier ouvre la porte, les feux passent au vert. Deux autres voiliers et quelques pêche-promenades suivent. 8 h, levée du pont routier, enfin : la mer.

La météo est clémente, force 3 d’est-nord-est, mer belle. PM à Saint-Malo à 9 h 27, bientôt le courant de jusant, portant vers l’ouest, puis au nord du plateau des Minquiers vers le nord, nous aidera pour rejoindre St Hélier sur la côte sud de Jersey. De fait, nous n’aurons que peu de courant contraire et une bonne partie de la traversée se fera avec un courant traversier puis portant.

En appareillant une heure ou deux avant la PM de St Malo, on peut aisément sortir de la baie de Saint Malo par l’est, pour ensuite monter vers Jersey en laissant les Minquiers à bâbord. La tourelle de la Plate constitue la dernière marque de sortie de la baie.

Grand-voile et génois déroulés, route au près débridé dans un vent force 3. Attention aux pêche-promenades, nombreux dans ces parages. Les conditions de navigation sont excellentes, petite brise, un peu de soleil, température clémente, que demander de plus. Avec le courant portant, la bouée cardinale SE des Minquiers est en vue et défile rapidement à bâbord. Lorsque vous relatez vos navigations dans ces parages, dites « Les sauvages », c’est aussi son nom, cela impressionnera toujours votre auditoire. Cap au 020°, la dérive due au courant est cependant très sensible et la route sur fond est entre nord et 350°.

4 h après la PM de St Malo, le passage par la balise du coq et les Caux des Minquiers, plateau rocheux au nord-est de la Maîtresse ile des Minquiers,  nécessite un pilotage très précis. Inutile de tenter cette route par vent fort et grand coefficient de marée après PM + 3 h. Cette route évite le détour par la bouée cardinale nord-est des Minquiers, mais au delà de la mi-marée descendante,  elle n’est pas sans risque. De nombreuses roches affleurantes à marée basse y sont particulièrement dangereuses.

La cartographie électronique permet un pilotage nous faisant passer entre deux hauts fonds rocheux nous conduisant à l’ouest de la bouée cardinale nord des Minquiers. Avec un vent fraichissant l’après midi, cap au nord, une forte dérive vers l’ouest nous poussant vers St Hélier. Arrivée au ponton d’attente vers 15 h. Quelques voiliers nous rejoignent au ponton d’attente dans l’après midi. Comme annoncé par la météo de Jersey, le vent fraichît force 5- 6.

En voulant se mettre à couple, l’étrave d’un First 35 tout neuf confond ma bouée fer à cheval avec un pare-battage. La bouée n’a pas aimé. Cet incident nous permettra de faire plus ample connaissance et de boire un pot ensemble. Les accostages ratés ont aussi de bons côtés. J’ai bu à la santé de ma bouée. 

 

Jeudi 21 juin et vendredi 22 juin

Départ pour St Pierre de Guernesey. La météo de Jersey annonce un vent variable faible, s’établissant au sud ouest force 4 à 5 et fraichissant 6 l’après midi avec menace de grand frais 7, à l’approche d’une dépression orageuse remontant du golfe de Gascogne vers la Bretagne et l’Angleterre. Il ne s’agit pas de trop trainer dans les parages. Appareillage à 7 h. Vent force 1 à 2. Nous remontons au moteur la côte sud de Jersey, cap à l’ouest, en empruntant le chenal très bien balisé au sud par deux bouées cardinales sud. Deux heures plus tard nous pouvons arrondir la pointe de Corbière avec son phare tout blanc se détachant sur les roches roses. Un vilain clapot s’oppose à la route et ralentit l’allure. Route au nord-nord-ouest vers St Pierre. Le vent s’établit progressivement de sud ouest force 3 puis 4. Vent de travers, l’allure s’accélère à mesure que le vent fraichit. Arrivée pour déjeuner à St Pierre avec l’intention de mouiller à Havelet bay. Mouillage de beau temps, juste à côté du port de St Pierre. Par vent frais, même d’ouest, le ressac s’y fait sentir et le mouillage y devient vite impraticable. Un autre voilier est au mouillage. Après déjeuner, un troisième viendra nous rejoindre pour peu de temps. La météo confirme l’arrivée du mauvais temps. Sud ouest, force 7, avec menace de coup de vent 8 et fortes rafales. En début d’après midi le vent se renforce, l’un des voiliers relève son mouillage, puis le second. Nous nous préparons à faire de même, le temps de parer les défenses et les amarres pour aller se réfugier dans le port de St Pierre. Mouillage relevé, moteur dans un vent qui s’est rapidement établit force 7 rafales à 8. En sortant du mouillage, la crête des vagues est soufflée par les violentes rafales de vent. Islay, vent de travers, à sec de toile, salut ces rafales en gitant joliment. A l’abri des hautes jetées et de Castle Cornet, l’employé du port, nous escorte dans son canot. Soudain, une rafle nous plaque contre le ponton, nous accostons. Toute l’après midi, la soirée, la nuit, le lendemain, le vent soufflera en méchantes rafales dans un port pourtant très bien protégé des vents de secteur sud à nord en passant par l’ouest. Après diner, nous rentrons avec la marée dans Victoria marina. A couple d’un Moody 38.

 

Le centre de St Pierre de Guernesey n’a guère changé depuis 50 ans, ce qui n’est pas le cas du port. Ce coup de vent à St Pierre me rappelle de lointains souvenirs de mes premières navigations; à l’époque où il n’y avait aucune installation pour la plaisance. Les quelques voiliers de passage mouillaient dans le port. Oui, oui, sur ancre. Pas de ponton, pas de coffre. Le mouillage se trouvait alors à la place des actuels pontons d’attente. Nous avions donc mouillé. Une bonne dépression force 8, 9 avec un vent de sud soufflait sur le mouillage. Plusieurs voiliers avaient chassé, avec la crainte que l’un de ceux mouillé devant ne vienne caresser notre beau liston en bois. En contre partie, la place de port était gratuite. Pas d’installation pour la plaisance : « no payment ». Une autre époque. Les voiliers étaient en bois et les premiers « plastiques » étaient qualifiés par les anciens de « baignoires ». Le Royal Yacht Club de Guernesey était un lieu de passage obligé des plaisanciers. La bière, au premier étage, fortement recommandée. Les rares Français, dans une tenue souvent négligée, les Anglais, impeccables, ces derniers ayant l’élégance de ne rien remarquer, mais n’en pensant pas moins. La semaine de Cowes était un must et le Fastnet un mythe qui nous paraissait inaccessible. Nous tenions le championnat du RORC pour l’équivalent des championnats du monde. Ce qui n’était pas tout à fait faut.

 

Vendredi soir, nous sortons de Victoria marina avec nombre d’autres voiliers, bloqués par le coup de vent, pour passer la nuit au ponton d’attente et pouvoir appareiller très tôt le lendemain matin. La météo annonce pour la matinée du samedi 23 juin un vent d’ouest-sud-ouest force 5 localement 6 dans le nord des Anglos normandes, mollissant 2 à 4 dans l’après midi. Le route se fera donc au près bon plein.

Samedi 23 juin

Appareillage à 4 h. Retour express vers Saint Malo. Dès la sortie de St Pierre il vente frais, Grand voile et génois bien roulés au près bon plein (65 - 70° du vent apparent), l’allure est rapide : 7,5 n avec des pointes à 8 n. Les lumières de St Pierre s’éloignent rapidement, la pointe St Martin doublée. Sur le fond nous filons 8,5 n. Le jour « se fait ». La mer reste formée, 1,5 m à 2 m, l’eau monte parfois sur le pont, quelques crêtes éclatent sur l’étrave qui déchire l’eau sombre de cette fin de nuit. Superbe navigation. Un thé, quelques tartines de confiture, le phare de Corbière scintille au loin au sud est. Un autre thé, la côte ouest de Jersey défile à bâbord. 4 heures plus tard nous laissons la bouée nord ouest des Minquiers à 1 mille sur tribord. Le courant devient de plus en plus traversier et nous dépale vers l’est. Près serré dans un vent mollissant. Une fois la bouée sud ouest des Minquiers parée par le travers tribord à 1,9 mille, route vers le Grand jardin, phare marquant l’entré de la baie de Saint Malo. A l’approche du Grand jardin, le vent mollit force 2 de nord, puis nord est. Moteur pour finir la traversé. Nous éclusons au barrage de la Rance à 13 h. 14 heures, Islay retrouve son mouillage en face de la plage de Garel au Minihic/Rance. Il fait presque chaud. Un avis de grand frais est en cours, le vent devrait rentrer à partir de 20 h UTC.

 

Jean-Pierre Gaillard

  Islay Guernesey Islay au ponton d'attente à Guernesey

Publié dans Les Navigations

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