Petits ports d'à côté, de Jean MERRIEN

Publié le

petits ports d'à côtéextrait du Livre de Jean Merrien "Petits Ports d'à Côté", paru aux Editions Denoël, en 1962.

(avec l'aimable autorisation de Gwénolé, fils de Jean Merrien, qui nous souhaite à tous de belles navigations).

 

Les SORLINGUES (page 54 et suivantes)

 

 

"" Cette ancienne base de Pirates, devenue ensuite un très précieux refuge de mauvais temps pour les voiliers de commerce, au confluent de la Manche et de la mer d'Irlande (au sens large que les marins donnent à ce mot), ainsi qu'un centre de constructions navales, de sauvetage et de pilotage, n'est plus aujourd'hui, que touristique. Les anciens pêcheurs à « tête de forbans », ne font plus que la « promenade en mer », le passage d'île à île. Ceci presque en toute saison, car l'extrème douceur du climat, - qui a permis d'y développer commercialement la culture des fleurs (en pleine mer!) - peu pluvieux de surcroît , amène un flot aussi long que puissant de touristes citadins, venant et repartant chaque jour par le vapeur ou par avion.

Cela n'empêche pas ces îles d'être pour nous très attachantes (ce flot de Londoniens ne se voit guère : aussitôt embarqué pour les autres îles, il ne rentre au port de St Mary's qu'au moment de reprendre le courrier), car d'une beauté vraiment extraordinaire, et car les yachts s'y trouvent bien.

On dit communément : « ce sont les Glénan en grand ». Je l'ai moi-même répété, parce que cette expression en donne une idée sommaire assez juste. Assez seulement, car la différence, pour nous importante et assez malheureuse, est que, malgré la première impression donnée par la carte, les îles ne forment pas ici un véritable « lagon » intérieur, protégé. L'archipel est bien, lui aussi, en couronne (une ellipse, pas un cercle), mais cette ellipse est brisée du côté qu'il le faudrait le moins : le suroît. Les lames et le vent y entrent, non point dangereusement, car la grosse mer est brisée par des amas de roches, mais assez pour rendre la circulation de nos voiliers peu confortable, toute différente de celle des Glénan.

Ceci vaut pour les 2/3 sud-ouest de l'archipel. Sa partie nord-est, elle, de faible profondeur, constitue bien un lagon, mais coupé de la première partie par une barre, la Crow Bar. Bien sûr, en été, par beau temps, celle-ci n'est pas méchante. Elle peut cependant gêner, à marée assez basse, pour rentrer à St Mary's.

Cela dit, ce petit monde étrange et splendide – dont il n'est pas prouvé qu'il s'identifie avec les fameuses « îles fortunées », ni les « Cassiterides », mais qui n'en a pas moins d'intérêt – mérite la visite des yachts solides et, si possible, échouant bien. Cette condition n'est pas strictement indispensable, mais leur « changera la vie ». Quant à la première, elle va de soi : on ne franchit pas les 25 milles de courants, de houles énormes, de mer très vite violente, qui séparent Land's End des îles Scilly, sans un « fort bateau » (strict minimum 8 mètres avec largeur du tiers, ou, si le bateau est étroit, une bonne dizaine de mètres. En outre, il faut arriver de jour.

La route, depuis Penzance, ne présente pas de difficulté de principe : on longera d'abord la côte, on doublera par le sud la bouée de Runnelstone. De là, on verra fort bien le phare isolé de Wolf'Rock, que la route fera laisser à 2,5 milles dans le sud-sud-est.

Cette route, visant le sud de l'île St Mary's (invisible) sera au 253° vrai sur le fond. Mais il sera bon de tenir compte du courant, qui est giratoire.

D'une force de 1 nœud à 1,8 nœud par vive eau (de 95 ), de moitié par morte eau, il sera :

  • Favorable, portant au secteur Ouest, de 6h avant P.M. Brest à 4h avant P.M. Brest.
  • Traversier, portant au secteur Nord, de 4h avant P.M. Brest à 1/2h. Après P.M. Brest.
  • Contraire, portant au secteur Est, de 1/2h après P.M. Brest à 2h après P.M. Brest.
  • Traversier, portant au sectreur Sud, de 2h après P.M. Brest à 6h avant P.M. Brest.

En général, on ne perdra pas Wolf Rock de vue avant d'avoir aperçu St Mary's ; toutefois, cela pourra se produire, car l'île n'est élevée que d'une trentaine de mètres.

Pour nous, la meilleure passe, par tous les temps sauf par suroît (mais nous ne serions pas là … dans ce cas, prendre le Crow Sound, au Nord Est de St Mary's), est le St Mary's Sound, très simple et bien balisé, au sud ouest de St Mary's, entre cette île et Gugh St Agnès. Quand on vient de l'est-nord est (Penzance) aucune confusion n'est possible au sujet de St Mary's ; on va vers le sud de tout et la trouée apparaît bientôt évidente. Le chenal est simple et balisé. Il suffira ensuite de prendre un peu de tour du Mont Garrison, tout conique, portant à son nord le Star Castel (« château étoile », fort typique ; hôtel où bat un pavillon en étoile), puis du musoir de la jetée, pour entrer dans le port.

Celui-ci comporte une partie à flot ; mais les fonds, durs, n'y sont pas de bonne tenue (affourcher), et la levée, à marée basse, peut-être insupportable. Il est impossible, à cette marée, de se placer le long de la jetée, poste réservé au courrier, on ne pourrait y venir qu'à mi-marée pour échouer. Il est bien préférable d'aller une bonne fois échouer, sur béquilles ou double quille, dans le fond du port (Vieux Port), au sud du petit épi ouest-est, où l'abri sera parfait. J'y ai subi, heureux comme un roi sur mes deux quilles, la « tempête du 13 juillet 1961 » (force 12 officielle), alors que deux yachts sans béquilles passaient leur temps à aller du mouillage à la jetée, avec la terreur de talonner.

Devant cet échouage, dans le belle courbe, puis sur l'isthme qui constitue à son sud l'anse superbe et la belle plage de Porth Cressa (en breton, « l'anse le plus au centre »), le gros bourg de Hugh Town est charmant. Je vous laisse le plaisir d'y découvrir ce « pub » que, dans mon roman, je nomme le « Mariner's Bar », (après tout, c'est peut-être son nom?), l'hôtel, la boutique à chandails, …

La promenade à pied classique -et légitimée- est le tour de Garrison ; mais tout le reste de l'île vaut visite.

Ce n'est pourtant pas la plus belle, loin de là.

Allez, si vous voulez, avec les Misses, chercher à voir les phoques sur je ne sais plus lequel des îlots du large qui ressemblent tant aux roches des Glénan ; mais ce que vous devez visiter, avec votre bateau, c'est Bryher et Tresco. Pour cela, à mi-marée, vous entrerez dans le fjord qui sépare les deux îles, et vous mouillerez, à flot, entre New Grimsby de Tresco et le Town de Bryher.

Bryher, c'est, face à la mer dans toute sa gloire, quelque chose comme la pointe du Van, au bord de la baie des Trépassés ; la majesté nue de la lande sur les hautes roches découpées, l'âpre bataille du sol puissant et de la mer, sous le tournoiement des oiseaux. C'est vraiment le bout sans faiblesse du monde occidental.

Alors qu'à Tresco... la plus effarante surprise vous attend.

Qui ne sera plus surprise, si je la dévoile ? Si, car vous ne me croirez pas tout à fait.

Cette île sœur, comme l'autre farouche bastion d'occident, contient, à côté d'un grand lac rêveur et doux, le plus parfait des jardins... tropicaux !

De même qu'à Port-Manec'h, en Cornouaille armoricaine, il suffit d'un haut mur cassant le vent pour obtenir des oranges, de mêm Tresco, parfaitement abrité de ce vent, en son climat sans grosse chaleur mais sans gel, a permis le rassemblement de toutes les plantes exotiques des diverses « Indes ». Un peu, un échantillon souffreteux ? Non, autour d'une abbaye, des hectares et des hectares d'un parc de Mille et Une Nuits.

J'exagère ? Vous ne me croyez pas, je le savais à l'avance. Allez-y. Vous direz à vos amis que je suis au-dessous de la vérité – car il faudrait bien des pages pour tout décrire. Or, nous sommes ici pour parler de mer. Appareillons !

Non sans avoir visté aussi St Martin's, la plus peuplée, la plus paysanne, au nord-est, et St Agnès, la noble, au sud.

Toutes ces îles contiennent des Tumuli, signes d'une très ancienne civilisation. On trouvera sur place une intéressante brochure.""

 

 

Jean Merrien a écrit de nombreux ouvrages sur (guides de navigation, ouvrages techniques) et autour (romans) de la navigation de  Plaisance. Je vous invite à les découvrir sur le site : http://gwdefrem.perso.sfr.fr/Jmerrien/indexm.html

YM

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