Rôle de plaisance, de Jacques PERRET

Publié le

jacques perretJacques Perret est un écrivain français né le 8 septembre 1901, à Trappes (Yvelines), et décédé en 1992. Il ne fût pas qu'écrivain, il fût aussi représentant, professeur, aventurier, journaliste, …

Vous trouverez sa biographie complète sur l'excellent site :

http://www.jacques-perret.com/ .

Après un premier roman, « Roucou » (1936) , puis « Ernest le rebelle » (1937), il sera plus connu pour « Le Caporal épinglé » (1947), récit de sa captivité qui sera porté à l'écran par Jean Renoir.

Amoureux de la mer, celle-ci lui inspire plusieurs de ses ouvrages : « Le vent dans les voiles » (1948), «  Mutinerie à bord » (1953), « Rôle de plaisance » (1957), « La compagnie des eaux » (1961).

 

 

Le monde a changé ? oui ; Les bateaux de plaisance ont changé ? oui ; Mais, je vous assure que l'écriture de Jacques Perret vous emporte dans une ambiance qui, elle, n'a pas changé !

 

 

 

 

 

Extrait de « Rôle de plaisance » :

 

Et s'il nous arrive d'élever le débat, c'est toujours par l'intermédiaire d'un palan. A terre aussi, d'ailleurs. Je crois volontiers que le bridge, l'alpinisme, le scrutin à deux tours, l'équitation, l'automobile et les droits de l'homme peuvent entretenir des conversations de longue haleine, mais elles n'ont pas les vastes réserves dont les plaisanciers disposent pour alimenter leurs débats. On peut imaginer que deux cavaliers, ou même deux chasseurs, ayant parlé cheval et chien pendant deux jours et deux nuits, se laisseront aller, à l'aube du troisième jour, à parler pinupes, gigondas ou benelux, alors que deux plaisanciers consentiront au plus à lâcher la question dériveur pour envisager la hauteur sous barrots ou le problème des annexes qui peut mener assez loin. Leur dialogue ne fatigue jamais, car il embrasse l'univers et se complaît aussi bien dans l'utilitaire et le spéculatif. Une querelle sur les pompes de cale, un échange de vue sur les mouillages en rade foraine, la panne courante ou le réchaud peuvent s'orner de mille parenthèses passionnément vétilleuses ou s'échapper dans la digression panoramique. Tout se tient en plaisance et il faut recourir à toutes les disciplines de la condition humaine, travail du bois et du fer, grosse et petite couture, mathématique, peinture, astronomie, cuisine, art d'obéir et de commander, lampisterie, pêche, pharmacie, géographie, technologie, science des nuages et des fonds, horlogerie, vaisselle, ondes courtes, épissures longues, etc. Et je ne parle pas des occasions d'extrapoler qui peuvent, à chaque instant, à propos de gouvernail ou de biscuit, emporter nos plaisanciers jusqu'aux confins de la morale et de la métaphysique. Tout bateau à voile, goélette de luxe ou mouille-cul, est lesté, gréé, accastillé des plus vénérables symboles qui figurent au répertoire du philosophe, du poète et du moraliste. L'ancre, l'amarre, l'étrave, la barre, le pavillon, le compas, l'épissoir lui-même sont toujours prêts à fournir une image, endosser un mythe, illustrer un système, étant donné que la vie est croisière, cabotage, régate, long cours ou flibuste, que l'aventure de l'homme ne s'exprime jamais avec plus de bonheur qu'en jargon marin et qu'en fin de compte nous sommes tous ici-bas des créatures embarquées.

C'est ainsi que, plaisancier plumitif, lâchant la barre et laissant courir aux allures portantes, je vais d'une querelle d'ouïnche aux fins dernières de l'homme, peu sûr de mon cap et fort embarrassé pour conclure à bon port. Mais vous, plaisanciers courtois, n'aurez pas de peine à imaginer les courants, les grains, les brises folles et les avaries qui peuvent détourner de sa route la plume d'un chroniqueur et le livrer aux fortunes de style. Noircir du papier n'est pas courir les mers, mais l'aventure est aussi dans l'encrier si le pot au noir est dans la bouteille à l'encre. Tel qui réussit un brillant appareillage, la trinquette bordé plat au plus près d'une idée claire et la plume soulageant à la lame, ira bientôt s'encalminer dans une sargasse amphigourique ou s'envaser dans le galimatias. Ce que j'en dis n'est pas pour donner à l'écrivain les prestiges de l'homme de barre, car il perd bien plus de vaisseaux qu'il n'en conduit au port. Il me paraît même inconvenant de terminer ce chapitre en associant la mer virginale à l'encre louche et, pour effacer l'affreux mélange, nous allons dès ce soir, entamer la bouteille de demain.

 

« Rôle de plaisance » , Edition originale, Gallimard, Paris, 1957, mais aussi Editions André Sauret, Monte Carlo, 1972, et Folio n° 637, Paris, 1975

 

 

Dans ce livre-récit, Jacques Perret nous raconte une croisière « lointaine » qu'il fait avec son fidèle matelot, André Collot. Ils partent de Honfleur, sur un sea-bird, cotre à tape-cul, destination Santander ! La Manche les happe, le vent s'emmêle, le brouillard s'épand, les courants sont vicieux, bref la croisière n'est pas celle prévue …

Je ne vous en dirai pas plus. Lisez ce livre, si vous ne l'avez déjà fait. L'histoire, c'est sans doute la vôtre, vous l'avez vécue, les phrases et les mots sont tellement beaux que vous mettrez ce livre dans votre bibliothèque de bord,

o b l i g a t o i r e m e n t .

Yves M.

votre commentaire, votre avis : ici

 

( fiche publiée sur notre site avec l'aimable autorisation de Louis PERRET, petit-fils de Jacques )

tout savoir sur Jacques PERRET, allez sur le site : http://www.jacques-perret.com

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article